Affichage des articles dont le libellé est contemporain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est contemporain. Afficher tous les articles

dimanche 1 janvier 2017

Positive, de Paige Rawl



Titre : Positive
Auteurs : Paige Rawl
Co-écrit : avec l'aide d'Ali Benjamin

Genre : Témoignage, YA
Maison d'édition : Hachette
Date de sortie : 26 octobre 2016
Nombre de pages : 397
Prix : 17€


"Un beau témoignage, prenant et à la portée de tous, avec de beaux messages."




J’ai reçu ce livre en format numérique de la part du site NetGalley ainsi que de la maison d’éditions Hachette que je remercie pour leur confiance.

Ce livre m’a intéressée de part son sujet. On y retrouve Paige Rawl, l’auteur, une jeune femme, dans un témoignage sur ses années scolaires.
Paige possède une particularité : elle est séropositive. Sa mère a été contaminée par le VIH par le père de Paige, mort du SIDA, et si elle n’est elle-même pas atteinte du Syndrome d’Immuno-Déficience Humaine (SIDA), donc une conséquence des suites de l’infection au VIH non prise en charge, elle a transmis le virus à sa fille Paige lors de sa naissance.

Rien de bien grave pour Paige et sa mère, qui n’ont qu’assez peu de conséquences directes de la présence de ce virus dans leur organisme. Elles respectent le traitement, et maintiennent donc la charge virale basse, à un stade où l’infection par le virus n’est pas dangereuse.
En revanche, la séropositivité de Paige ne va pas rester longtemps un secret dès lors qu’elle va la confier à sa meilleure amie Jasmine. Rapidement, les rumeurs vont de bon train, et tout l’établissement de Paige, alors jeune adolescente, va rapidement être au courant. Un dur moment pour la jeune fille, qui va subir des moqueries pendant longtemps, à l’image de son nouveau surnom, Paids, un jeu de mots avec AIDS, l’anagramme SIDA en anglais.
Ce véritable harcèlement scolaire, renié par l’établissement qui ne veut pas d’ennui et propose à Paige de “nier sa séropositivité, tout simplement”, va peu à peu détruire moralement la jeune fille, qui finit par se déscolariser.

De là, les problèmes ne s’arrangent pas, le procès contre le lycée traîne, et combiné avec l’isolement, Paige va aller jusqu’à faire une tentative de suicide. Elle est alors internée pendant près d’un an dans un centre de gestion du stress pour adolescents, où elle va faire des rencontres marquantes.

A sa sortie, Paige intègre un nouvel établissement scolaire, et commence à s’investir dans les droits des séropositifs, trouvant dans la compagnie des personnes atteintes du même virus qu’elle une nouvelle force. Elle part notamment à Camp Kindle, un camp de vacances qui regroupe des adolescents touchés par le VIH de près ou de loin, un moment marquant de sa vie.

J’ai beaucoup aimé ce témoignage courageux, qui pour moi informe de manière simple autant sur le VIH, la séropositivité, le SIDA, le harcèlement scolaire, …
Autant de thèmes récents et importants, et j’espère que ce livre pourra aider à faire changer les mentalités, et qu’il sera lu par le plus grand nombre de personnes.
J’espère que peu à peu, les enfants séropositifs arrêteront de se retrouver dans la situation de Paige, et que le personnel éducatif saura expliquer, notamment, la différence entre séropositivité et SIDA, et prendre des mesures de manière générale contre les cas de harcèlement scolaire.

Une des forces de ce livre est son accessibilité, il peut être lu par un jeune public adolescent, les termes sont bien expliqués, autant dans le récit de Paige que dans le lexique à la fin, qui invite le lecteur à se renseigner et à s’informer.
Le récit en lui même est facile à suivre et le personnage de Paige est attachant, on découvre une adolescente comme les autres, si on excepte ses visites de contrôle fréquentes à l’hôpital, mais qui va complètement se faire détruire par le harcèlement qu’elle va subir.
Ce récit n’en reste pas moins un récit d’espoir, qui nous apprends à ne jamais renoncer. Paige a décidé de faire des études pour militer pour les droits des séropositifs, est devenue animatrice de Camp Kindle, a participé à des concours de miss et a même écrit un livre ! Une belle découverte !

Ma note : 18/20

lundi 12 décembre 2016

Si la Lune éclaire nos pas, de Nadia Hashimi


Titre : Si la Lune éclaire nos pas
Auteurs : Nadia Hashimi

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Milady
Date de sortie : 21 octobre 2016
Nombre de pages : 512
Prix : 18,20€


"Un très beau roman sur l'Afghanistan d'hier et d'aujourd'hui, et le combat des migrants au jour le jour."


J’avais découvert Nadia Hashimi cet été à travers son roman La Perle et la coquille (dont je vous laisse le lien vers ma chronique ici !), un très beau récit sur les femmes afghanes à plusieurs époques. J’ai décidé de retenter l’expérience avec Si la Lune éclaire nos pas, son second roman. Je remercie NetGalley ainsi que la maison d’édition Milady pour cette opportunité de lecture.

A nouveau, ce roman démarre en Afghanistan, et nous y suivons Fereiba, depuis son enfance. Sa mère étant morte lors de sa naissance, celle-ci grandit avec son père, un homme effacé et consacré à son verger, sa belle mère, une femme peu aimable qui n’hésite pas à utiliser Fereiba pour toutes les tâches ménagères qu’elle ne souhaite pas faire, lui empêchant d’aller à l’école, et les quatre filles de cette dernière.

Fereiba va finir par pouvoir rattraper son retard scolaire, devenant elle même professeur des écoles à l’approche de son mariage. Nous allons également la suivre à travers cette nouvelle étape de sa vie, suivie par la naissance de leurs enfants.

Mais si leur famille se construit et grandit, le pays lui tombe en ruine. L’arrivée des talibans notamment, avec les bombardements, les interdictions, la pression du régime, … va changer la donne pour la famille. Fereiba ne peut plus exercer sa profession, sa fille ne peut pas retourner à l’école, … C’est un véritable coup dur pour toute la famille, qui décide alors d’émigrer en Angleterre. Après quelques démarches, les faux passeports sont obtenus, mais un élément de dernière minute va précipiter le voyage et en changer la donne.

Nous suivons alors à partir de là non seulement Fereiba, mais aussi son fils aîné Salim, alors adolescent. Ils vont finir par être séparés, et chacun va devoir entreprendre le voyage à sa manière, avec ses propres moyens, seul ou accompagné.

A travers ce récit, nous en apprenons donc un peu plus sur les conditions des migrants, leurs préoccupations de tous les jours, les choix qu’ils sont amenés à faire pour survivre et sauver les leurs, et comment cette épreuve peut impacter sur leur vie et leur mentalité.

“C'était un véritable réfugié désormais, mais un réfugié qui avait vu l'océan. Il avait entendu le bruit des vagues et humé l'air salé de la mer. Chaque étape de son voyage l'avait changé, avait modifié sa propre vision du monde de façon irréversible. Il avait traversé les eaux une fois et les traverserait encore - sans sa famille, mais riche de minuscules mutations de son être qui lui donnaient la force d'accomplir tout seul cette épreuve.”

“Quand tu vois des choses hideuses, imagine-les belles
Avale du poison, mais goûte la douceur du miel”

J’ai beaucoup aimé ce roman sincère et immersif, qui aborde des sujets sensibles et actuels à la fois. L’arrivée de Daesh en Afghanistan, qui vient détruire la vie heureuse des habitants du pays (loin de l’image qu’on en a maintenant), la jungle de Calais et sa fermeture, les canots pneumatiques surchargés, les clandestins accrochés sur les camions, … Des faits actuels et qu’on ne peut ignorer.

Une très belle histoire, portée par une écriture poétique et douce malgré la dureté des événements. Une écriture à l’image du titre du roman, “Si la lune éclaire nos pas”, la lune étant comme un guide pour les clandestins, quelque soit le pays, la langue, les frontières. Un point fixe dans un monde dangereux et hostile.

Ma note : 17/20


samedi 15 octobre 2016

La Ballade de l'Enfant-Gris, de Baptiste Beaulieu


Titre : La Ballade de l'Enfant-Gris
Auteur : Baptiste Beaulieu

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Mazarine
Date de sortie : 3 octobre 2016
Nombre de pages : 412 pages
Prix : 22€


"Une nouvelle très belle histoire de Baptiste Beaulieu, toute en tendresse et en émotions"



J’ai découvert Baptiste Beaulieu, jeune médecin et auteur, l’été dernier à travers son livre Alors Voilà, les 1001 vies des Urgences, pour lequel j’avais eu un énorme coup de coeur, et j’ai également pu lire récemment Alors vous ne serez plus jamais triste, son deuxième roman, que j’avais à nouveau adoré. Pour celui-ci, son troisième, je l’ai reçu en format numérique dès sa sortie chez Mazarine, grâce à la maison d’édition ainsi qu’au site NetGalley. J’ai également pu rencontrer Baptiste Beaulieu début octobre à l’occasion d’une séance de dédicace à Paris à laquelle je suis ravie d’avoir pu assister !

Nous découvrons dans ce roman Jo’, un jeune interne en médecine en stage au service de pédiatrie. Il va y faire la rencontre du touchant No’, un petit garçon de 7 ans dont les jours sont comptés, et qui se demande pourquoi sa maman vient aussi peu souvent le voir.
Une touchante complicité va rapidement s’installer entre eux, mais elle ne suffira pas à empêcher la maladie de progresser.
Le jeune interne étant encore très habité par l’enfant après son décès, il va décider de se lancer à la recherche de la mère de ce dernier pour comprendre et enlever ce poids de ses épaules.
Les deux personnages vont alors se lancer dans une grande ballade à travers les pays à la recherche des origines du petit No’.

J’ai trouvé l’histoire originale, le lecteur se laisse prendre au jeu pour découvrir l’histoire du petit garçon et de sa mère absente, et on attends le dénouement final avec impatience.

Le rôle de No’ est très bien traité, les personnages jeunes à qui on donne la parole sont souvent mitigés, s’exprimant souvent de manière trop adulte et donc non crédible, ou alors trop enfantine et du coup sans grand intérêt. On a ici affaire à un petit garçon rendu grave par sa maladie et ses années passées à l’hôpital, mais qui ne cherche qu’à recevoir l’amour de sa mère absente.

On a également affaire à une belle histoire sur les questions de vérité ou de mensonge, d’amitié, d’amour, de préjugés un peu hâtifs (pourquoi en veux-t’on seulement à la mère d’être absente ? et le père alors dans tout ça ?), …

L’écriture de Baptiste Beaulieu est toujours aussi réussie, simple, poétique, touchante, drôle malgré les événements de fond peu joyeux.

Je vous encourage à aller découvrir cette très jolie histoire qui saura vous émouvoir, ainsi que les autres de ce jeune auteur, dont j’admire le talent de narration.

Ma note : 18/20


mercredi 5 octobre 2016

La jeune Fille et la Guerre, de Sara Novic



Titre : La jeune Fille et la Guerre
Auteur : Sara Novic

Genre : Contemporain et Historique
Maison d'édition : Fayard
Date de sortie : 17 Août 2016
Nombre de pages : 320
Prix : 22€


"Un premier roman enrichissant sur une période mal connue de l'histoire européenne, très bien maîtrisé et fort en émotions"



J’ai pu lire ce livre sorti le 17 août dans le cadre de la rentrée littéraire aux éditions Fayard grâce au site NetGalley, que je remercie ainsi que la maison d’édition.

Ana est une petite fille qui grandit à Zagreb dans l’ancienne Yougoslavie avec sa famille et son meilleur ami Luka. Assez rapidement, la guerre entre serbes et croates démarre, et les raids aériens se multiplient au dessus de Zagreb. Sa soeur Rahela souffre d’insuffisance rénale sévère, et pour la sauver, ses parents vont décider de la conduire en Bosnie, d’où elle pourra être envoyée aux Etats-Unis et recevoir des soins.
Si cela semble déjà être une lourde épreuve en soi pour cette famille, le pire reste à venir sur la route du retour. La voiture familiale est arrêtée par des serbes, et les parents d’Ana exécutés sur le bas côté devant ses yeux.

Nous retrouvons ensuite Ana quelques années plus tard, jeune femme adoptée avec sa soeur Rahela (devenue Rachel) par une famille américaine. Elle a toujours caché son passé croate pour éviter les questions, notamment sur la période qui a suivi la mort de ses parents.

Cette époque va également rester un mystère quelques temps pour le lecteur avant de se dévoiler peu à peu dans les dernières parties du roman.
Suite aux attentats du 11 septembre, Ana, perturbée, décide qu’il est temps pour elle de retourner en Croatie afin de pouvoir se reconstruire.
Mais qui sera encore là ? Que sont devenu son parrain et sa marraine ? et Lukas ?

Ce récit a su me captiver dès les premières pages à l’aide d’une narration à la première personne fluide et efficace, que ce soit dans les moments d’enfance comme dans ceux où Ana est plus âgée.
Les émotions sont au centre du roman, qu’elles soient heureuses à travers des souvenirs d’enfance ou bien terrible dans les étapes de vie suivantes.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a permis, comme je le souhaitais, d’en apprendre plus sur les guerres en ex-Yougoslavie, un événement relativement récent mais assez méconnu.

Ce premier roman est doté de très grandes qualités, entre le drame et le récit historique, très bien maîtrisé, et la jeune auteur est pour moi à suivre.

Ma note : 16/20



dimanche 25 septembre 2016

M pour Mabel, de Helen MacDonald


Titre : M pour Mabel
Auteur : Helen MacDonald

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Fleuve
Date de sortie : 25 Août 2016
Nombre de pages : 380
Prix : 19€90


"La naissance d'une complicité entre l'auteur et son rapace, son aide pour traverser le deuil et son impact sur la vie sociale."



J’ai pu recevoir ce livre paru aux éditions Fleuve dans le cadre de la rentrée littéraire grâce au site Babelio que je remercie.

Ce livre est une autobiographie de l’auteur, Helen, enseignante-chercheuse anglaise et fauconnier le reste du temps, qui raconte sa rencontre avec Mabel, une jeune autour, un rapace majestueux, réputé comme étant le plus difficile à dompter.
Cette rencontre peu après le décès de son père va changer la vie d’Helen et va la conduire à s’isoler du monde et à réfléchir sur celui-ci.

Si comme moi vous n’êtes pas du tout un initié en matière de fauconnerie mais que vous ressentez une certaine fascination pour tout ce monde, sachez que ce livre est tout à fait abordable, et le dressage de Mabel a su m’intéresser bien que je ne m’y connaisse pas.

En parallèle du deuil et de la nouvelle complicité avec Mabel, l’auteur va également revenir sur un livre de T.H. White, L’Autour, qui raconte de même l’histoire du dressage de Gos, un autour, par l’auteur. Celui ci n’avait alors que très peu de connaissance en la matière, et multiplie les erreurs.
Cet aspect du roman m’a moins plu, j’ai trouvé que White était trop présent puisque les passages le concernant constituent un bon quart du roman.

Si pour ma part le récit à su me captiver, je comprendrais en revanche que certaines personnes passent à côté, notamment à cause de l’omniprésence de White, qui reste le point négatif de ce roman pour moi.

J’ai trouvé le livre bien écrit et intéressant, et la complicité entre Helen et Mabel surprenante compte tenu des dire sur les autours. Les étapes de vie compliquées pour l'auteur traversées à l'époque sont décrites de manière franche, y compris la dépression et son isolement complet.

Ma note : 14/20



dimanche 18 septembre 2016

La Soledad, de Natalio Grueso


Titre : La Soledad
Auteur : Natalio Grueso

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Presses de la cité
Date de sortie : 1 Septembre 2016
Nombre de pages : 315
Prix : 20€


"Un joli assemblage de petites histoires mais qui ne va pas plus loin pour moi malheureusement."



La Soledad est sorti le 1er Septembre aux éditions Presses de la Cité dans le cadre de la rentrée littéraire. De part sa couverture superbe et son résumé, je l’avais noté, et j’ai pu le découvrir grâce au site NetGalley et à la maison d’édition, que je remercie.

Nous retrouvons Bruno Labastide, un homme venu s’installer à Venise après de nombreuses aventures à travers le monde. Il va y faire la connaissance de Keiko, une jeune japonaise dont il tombe follement amoureux. Seulement, il y a une règle. Pour être l’homme avec qui Keiko choisit de passer la nuit, il faut lui écrire un poème ou une histoire, qu’elle choisira parmi toutes celles reçues. Et chacun ne vient qu’une nuit, une seule fois.

Bruno va alors fouiller dans ses souvenirs, dans sa vie de journaliste et ses aventures autour du monde, et dans les récits transmis par les rencontres qu’il a pu faire au fil de ses voyages, à la recherche de l’histoire parfaite qui lui permettra de toucher le coeur, et le corps, de Keiko.

L’ensemble du livre est donc un enchaînement de parties courtes, de quelques chapitres, qui racontent une nouvelle histoire, parfois avec Bruno au centre, parfois en tant que spectateur, et parfois complètement absent. Les récits sont souvent en lien les uns avec les autres, et nous amènent aux quatre coins du monde.

Les histoires se suivent et ne se ressemblent pas, passent par tous les genres et arrivent à surprendre le lecteur. Ma préférence porte pour celle du commentaire du match de sport, que j’ai trouvée à la fois drôle et touchante.

Si les scénettes m’ont toutes beaucoup plues individuellement, j’ai trouvé que cela donnait un aspect un peu décousu au livre, et j’ai du coup du mal à avoir un avis sur le roman dans sa globalité. Cela ressemblait plus au final à un ensemble de nouvelles avec leurs chutes propres qu’à un unique roman.

Cela reste une bonne lecture pour moi, qui m’a fait passé un très bon moment, et j’ai beaucoup aimé l’écriture de Natalio Grueso, mais je n’en garde pas un souvenir impérissable, et j’ai eu un peu de mal à comprendre le sens global du roman.

Ma note : 14/20

vendredi 2 septembre 2016

Crépuscule du Tourment, de Léonora Miano



Titre : Crépuscule du Tourment
Auteur : Léonora Miano

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Grasset
Date de sortie : 17 Août 2016
Nombre de pages : 288
Prix : 19€


"Un livre enrichissant sur la femme dans la société africaine décrite."


Ce livre est paru aux éditions Grasset le 17 août 2016, dans le cadre de la rentrée littéraire. Je l’ai lu pour ma part en format numérique via le site NetGalley, sur lequel j’avais fait une sélection de romans contemporains étrangers, aux auteurs de nationalités peu courantes en librairies. Léonora Miano est camerounaise, et c’est en Afrique que se déroule son roman.

Nous y retrouvons en effet quatre femmes, qui vivent en Afrique subsaharienne, à une époque post-coloniale. Tour à tour, elle vont chacune s’exprimer à travers un monologue, toujours destiné au même homme, Dio. La première femme est sa mère, la deuxième celle qu’il a aimé, la troisième celle qu’il a épousé sans l’aimer, et la dernière sa soeur.

Les récits s’entrecroisent et se retrouvent sur certains points, avec notamment l’expression de la sexualité des différentes femmes et de leur relation avec leur corps, leur féminité. Plusieurs vont parler de leur attirance pour des femmes (“as-t’on jamais imaginé, par exemple, qu’une femme séduise le mari d’une autre uniquement pour l’approcher elle ?”), et des relations qu’elles ont entretenues ou non avec elle, vivant, “dans le secret, des attachements qui sont autant d’arrachements”.

L’homosexualité est présentée comme étant assez mal vue, même si la première à l’aborder est la mère, qui décrit les relations entre les femmes qui existaient de manière traditionnelles, où les aînées apprennaient aux plus jeunes à connaître leurs corps.
Cela montre que l’idée de tabou est venue après, avec l’arrivée des colons et de leurs idées de la religion, de la place de la femme, de la sexualité, de la pudeur, ...

Les relations hommes-femmes qui sont décrites sont généralement conflictuelles, avec des violences conjugales fréquentes, de la part de Dio comme de son père Amos. J’ai notamment noté cette citation, dans le monologue de la mère :
“J’ai appris à me déplacer, à me situer dans ce contre-jour permanent. Nyctalope, j’ai tracé mon sillon dans cet espace crépusculaire, dans cette nuit qui réside en nous plus qu’au dehors.”

L’écriture de Léonora Miano est belle et riche, et pourtant différente au fil des femmes qui s’expriment, avec une différence de langage suivant l’âge, le milieu, … rendant le récit d’autant plus vrai et vivant.

J’ai passé une très bonne lecture, enrichissante et intéressante.

Ma note : 16/20


jeudi 18 août 2016

Les Vies de Papier, de Rabih Alameddine


Titre : Les Vies de Papier
Auteur : Rabih Alameddine

Genre : Contemporain
Maison d'édition : Les Escales
Date de sortie : 25 août 2016
Nombre de pages : 304
Prix : 20€90


"Un personnage principal original et attachant, nostalgique à l'humour certain, mais des souvenirs un peu trop emmêlés."



J’ai pu découvrir ce livre dans sa version numérique via le site NetGalley, que je remercie donc ainsi que les éditions les Escales pour ce partenariat en vue de la rentrée littéraire.

On retrouve Aaliya, 72 ans, ancienne libraire, grande amoureuse de la littérature et traductrice à ses heures perdues, dans son appartement de Beyrouth où elle vit coupée du monde, plongée dans ses livres et ses petites habitudes.

Mariée à 16 ans avec un homme dont les descriptions ne vous laisserons pas de marbre, un “moustique amorphe, à l’appendice défaillant”, “insecte impotent / impuissant” et qui ne lui a donc jamais donné d’enfant pour finalement divorcer quelques années plus tard, coupée de la religion dans un Liban où elle occupe une place phare, cette femme a décidé de vivre sa vie pour elle, peu importe ce qu’en penseront les autres.

Ce livre à la construction un peu particulière, pas de chapitres, qu’un enchaînement de souvenirs sur plusieurs époques, avec des transitions au fil des pensées de la narratrice, donc pas toujours évidentes à suivre, va donc nous montrer la vie de ce personnage un peu excentrique mais attachant. Il est ponctué de nombreuses citations de la littérature, dont les références, sur la volonté de l’auteur, ne sont pas toujours données, afin de donner comme un jeu de piste, de pousser le lecteur à la recherche.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire au début, perdue entre toutes les époques et les différentes amorces finalement pas toujours exploitées par l’auteur. Aaliya, au début du roman, se teint par erreur les cheveux en bleu, pour que cela reste finalement très anecdotique au vu du temps passé seule chez elle, à fuir les miroirs qu’elle laisse volontairement s’encrasser pour ne plus se voir.

L’auteur a su en revanche nous dresser un beau portrait des différentes femmes libanaises, en grande supériorité numérique dans le livre par rapport aux personnages masculins limités et souvent éphémères. Les trois voisines, commères hors pair, la petite nièce étrange mais attachante, l’amie Hannah, touchante et qu’on aurait aimé connaître davantage, et la mère d’Aaliya, un peu mégère, viennent s’ajouter au roman.

J’ai beaucoup aimé le dernier tiers du roman, qui a beaucoup remonté mon avis sur le livre, avec le retour de la mère, dont le demi-frère d’Aaliya essaye de se débarrasser, l’arrivée de la nièce, et de manière générale l’entrée de personnages (encore vivants!) dans le récit au présent.

L’ambiance du livre reste majoritairement mélancolique, avec les souvenirs d’une vie passée, où il ne reste plus beaucoup à faire, et seuls les souvenirs du mari et certaines analyses de la littérature viennent redonner le sourire en attendant la dernière partie.

Notons tout de même cette vision du mari, particulièrement coriace :
“ Mon ex-mari avait la première qualité de l’époque de Stendhal, telle que le comte Mosca l’explique à l’exquise duchesse dans La Chartreuse de Parme : “La première qualité chez un jeune homme d’aujourd’hui [...] c’est de n’être pas susceptible d’enthousiasme et de n’avoir pas d’esprit.”
Le portrait tout craché de ce crétin que j’ai épousé, bénie soit son âme rance. Dans ce cas, vous pouvez également ajouter le manque implicite de sens de l’humour et de l’honneur; oh, et l’incapacité de gagner un revenu, l’art de se satisfaire de son analphabétisme manifeste et d’être un pleutre congénital.”
Pas mal non ?

Le Liban décrit par l’auteur est intéressant, mais surtout présent à travers les histoires de guerre et les coupures de courant, et j’aurais aimé en voir un peu plus.

Le style est travaillé et agréable à lire, même si la lecture aurait été rendue plus simple (pour ma part) avec des parties plus distinctes, un tri un peu plus cohérent des souvenirs.

Un personnage principal original et nostalgique, aux souvenirs un peu mélangés, mais qui livre un récit touchant, porté par une belle écriture et des touches d’humour un peu grinçant.
Si ce livre m’a fait passer un bon moment de lecture, je pense qu’il est à réserver à un certain public, proche de la narratrice, donc amateur de littérature plutôt classique - qui peut paraître élitiste - pour les références, et éventuellement avec un ex-mari contre qui vous avez une dent !

Ma note : 14/20